Chère communauté,

Je viens à vous aujourd’hui avec une petite confidence. J’en ai un peu honte, mais je suis enfin décidée à sauter le pas et me confier à vous. Alors voilà : je n’ai pas trouvé moi-même mon appart. Non, j’ai chargé une tierce personne de le faire. Ma maman, pour être parfaitement honnête. Bon, j’ai une excuse de taille : passer la période estivale dans de lointaines et hostiles contrées a quelque peu limité l’autonomie de ma recherche d’appart.

Bien vite, le temps manqua et je dus m’en remettre totalement à l’expertise maternelle pour trouver mon logement. Ma petite maman me donna alors un ultimatum après avoir visité un appart : « Je dois donner la réponse ce soir, il est très sympa, bien meublé, mignon comme tout blablabla… ». Il m’avait semblé entendre le mot « étage » à un moment, mais je m’en étais alors peu souciée. Prise au dépourvu, je donnai mon feu vert.

De retour au pays, je me renseignai plus précisément sur mon futur nid douillet. La sentence tomba : j’allais vivre au 6ème étage. Si je ne dis jamais non à un peu de folklore, la suite me refroidit brutalement : le 6ème étage oui, mais sans ascenseur de surcroit. Ma condition sportive gravitant aux alentours de zéro, je fus effarée. Je rebondis néanmoins bien vite, et me mis à aimer mon 15m2 perché sous les toits.

sommet

Oui, la route est longue jusqu’au sommet. L’escalier rend philosophe.

 

Et finalement, j’ai découvert certaines réalités en habitant au 6ème étage sans ascenseur :

  • Ma condition physique approche désormais les 0,2.
  • Je sens mes mollets gonfler de jour en jour, même si je ne suis pas sûre d’aimer ça.
  • L’imagination n’a plus de limites pour rendre l’ascension plus divertissante : arriver en haut avant que la lumière automatique ne s’éteigne, prendre les marches deux par deux, envoyer un mail à chaque arrêt sur un palier, se prendre pour un alpiniste de l’extrême, documenter la montée à travers une story Snapchat des plus divertissantes… Finalement, l’imagination a peut-être ses limites.
  • La perspective de devoir remonter en catastrophe après avoir oublié un objet de la plus haute importance me fait travailler sur mon côté tête-en-l’air.
  • On peut espionner tous ses voisins d’en face, mais aussi ceux de l’immeuble d’en face à droite, et ceux de l’immeuble d’en face à gauche, et les piétons dans la rue, et même l’immeuble derrière l’immeuble d’en face parce qu’on est plus haut – et mine de rien, il est plaisant de regarder les gens de haut.
  • Je révise tous les jours mes fractions : plus que deux tiers, plus qu’un tiers, plus que la moitié d’un tiers, plus qu’un sixième donc… Je vois ma porte !
  • J’ai à disposition un contrôle d’alcoolémie inopiné pour les retours de soirée tardifs : ne pas parvenir à destination est généralement mauvais signe.
  • Je voyage désormais léger : adieu le superflu, mon escalier est trop étroit pour les grosses valises, et mon dos trop fragile. Mes congénères usagers des transports en commun m’en remercient.
  • Je fais des économies : remplir plus d’un petit panier de courses relève de la mission suicide.
  • Les relations de voisinage sont au beau fixe : j’ai développé un sentiment d’empathie envers mes compagnons de galère, que j’entends souffler comme des bœufs à mesure que leurs pas s’approchent de ma porte.
  • D’ailleurs, je sais à peu près combien de gens vivent dans mon immeuble, vu que je passe devant toutes leurs portes avant d’atteindre mon appartement.
  • Ces escaliers sont le meilleur moyen de découvrir la ville : les allers-retours (et donc les montées-descentes) étant à éviter absolument, on ne rentre que pour une bonne raison. Mais du coup, on ne sort que pour une bonne raison, me direz-vous. Ces escaliers sont par conséquent aussi le meilleur moyen de vivre en ermite.
  • Je sais désormais qui sont mes vrais amis : ceux qui ont assez de courage pour venir me rendre visite.
  • Je sais désormais qui sont mes meilleurs amis : ceux qui m’ont aidée à emménager, et m’aideront à déménager.
  • Je sais désormais qu’il est de bon ton d’accueillir lesdits amis courageux avec un grand verre d’eau et une barre protéinée (ou deux).
  • Les squatteurs d’appart professionnels, les bien nommés amis parasites, ont en revanche disparu de la circulation.
Vivre au 6ème étage sans ascenseur, version deluxe

Vivre au 6ème étage sans ascenseur, version deluxe

Finalement, vivre au 6ème étage sans ascenseur, c’est comme tout : une simple question d’habitude.

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3 Commentaires
 
  1. Justine 6 novembre 2015 at 17 h 40 min Répondre

    Oh mon dieu, je me retrouve totalement là-dedans ! mais en effet, qu’est-ce que je l’aime mon 15m2 !

  2. camille_legrand 7 juin 2016 at 15 h 44 min Répondre

    Ah ! Je ne sais pas si je serai capable de monter ces 6 étages tous les jours. Tu as beaucoup de courage !
    C’est étonnant de la part de ta maman, souvent elles sont les premières à penser à ce genre de détails ^^
    Bon courage !

  3. Maryline 28 juin 2016 at 12 h 51 min Répondre

    Quelle chance, plus besoin de faire du sport, donc ! :)

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